Conversation90785 -Réincarnations et spiritisme

Eddy3
Samedi 12 juillet 2025 - 18:50

Shalom, je suis tombé sur la vidéo d'un prêtre chrétien qui dit avoir pratiqué l'hypnose et le spiritisme pour interroger ses vies antérieures. Il prétend que des démons en auraient profités pour lui parler de réincarnations dans le but de le tromper et que celles-ci seraient un mensonge.

https://www.youtube.com/watch?v=i1NavUKaV5w

Même si cet homme n'est pas juif, cela m'amène à me poser des questions sur la pertinence du guilgoulim, par exemple Rav Saadya Gaon aurait soutenu qu'il ne s'agit pas d'une  croyance juive. Le sujet ne serait pas  non plus directement abordé dans la Torah, le Talmud ou par Maïmonide... 

Existe-t-il un lien entre le spiritisme et l'idée de réincarnation ? S'agit il d'une réalité spirituelle ou bien d'une simple théorie ? 

Nathaniel Zerbib
Mardi 15 juillet 2025 - 13:14

Shalom ouvrakha,

Votre question est très pertinente et touche un sujet délicat dans la pensée juive : celui de la réincarnation (guilgoul hanéchamot). Le guilgoul n’est en effet pas mentionné explicitement dans la Torah, ni dans le Talmud, ni chez des penseurs rationalistes comme le Rambam (Maïmonide). De plus, Rav Saadia Gaon s’y oppose clairement dans son livre Emunot ve-Deot, affirmant que la réincarnation est étrangère à la tradition juive.

Cependant,aux alentours du 13ᵉ siècle, la croyance dans les guilgoulim commence à se faire très présente dans la Kabbale. Elle est notamment développée par le Ramban (Nahmanide), puis de manière systématique dans les écrits du Ari za"l , dont l’enseignement a été diffusé par son élève Rav ‘Haïm Vital. Dans ce courant mystique, le guilgoul est vu comme un processus de réparation (tikoun) : une âme revient sur terre pour accomplir ce qu’elle n’a pas pu faire dans une vie antérieure.

Il est donc important de faire une distinction :

  • Dans le judaïsme philosophique rationaliste, la réincarnation est généralement rejetée.

  • Dans la tradition kabbalistique, elle est largement acceptée, mais comme une doctrine ésotérique, transmise à un public averti.

Concernant le spiritisme, il est strictement interdit par la Torah (lo tinacheshou et lo tid’onenou, Devarim 18,10-12) et considéré comme une forme de magie ou de divination idolâtre. Le Zohar et d’autres sources parlent d’une possibilité de communication avec certaines âmes dans certaines circonstances (par exemple, maguidim ou voix célestes), mais toujours dans un cadre encadré et réservé à des tsaddikim ou kabbalistes d’un très haut niveau. Toute tentative "bricolée" ou manipulée d'interroger l’au-delà par l’hypnose, l’écriture automatique ou d'autres formes est non seulement interdite, mais spirituellement dangereuse, car elle peut exposer l’homme à des forces mensongères ou impures, comme l’expliquent les kabbalistes eux-mêmes.

Il est donc très plausible que ce prêtre ait été influencé par des forces négatives, non pas nécessairement parce que la réincarnation n’existerait pas, mais parce qu’il a eu recours à des moyens formellement interdits par la Torah pour accéder à des domaines spirituellement inaccessibles à lui. Par ailleurs, il convient de souligner que ce type de témoignage, véhiculé par des personnes sans cadre halakhique, peut également relever d’une projection psychologique, d’une forme d’auto-suggestion, voire d’une construction fictive dénuée de toute réalité spirituelle. En d'autres termes, ce qu’il présente comme une expérience vécue pourrait très bien ne relever que d’une illusion personnelle ou d’un discours monté de toutes pièces, sans fondement réel ni authentique.

Bivrakha.