Conversation 90927 - ETUDE PARACHAT BERECHIT

Yan104
Jeudi 30 octobre 2025 - 11:42

Bonjour,

J’ai repris mon étude sur le Pshat de la Parachat Berechit, et en lisant Rachi, ces questions me sont venues à l’esprit :

1-Il est connu que la Thora n'est pas un livre d'Histoire mais une définition de la mission de l'Homme dans l'Univers. L'un de nos Sages affirme que plutôt que de commencer par la Création de l'Univers, la Torah aurait dû commencer par les règles de sanctification du mois, 1er précepte s'adressant au peuple juif...Pourriez-vous m’explicter ce point ?

2-Y aurait-il eu une accusation des Nations à l'encontre d'Israël du temps où la terre de Canaan a été conquise? Comment donc comprendre la situation actuelle avec ce que je considère comme les colons jordaniens en Israël?

Merci pour vos réponses !!

Nathaniel Zerbib
Dimanche 30 novembre 2025 - 08:47

Chalom,

Vous posez ici deux questions d’importance, l’une touchant au fondement même de la Torah, l’autre à la légitimité du lien entre le peuple juif et sa terre, telle que formulée dès la parachat Béréchit.

  1. Rachi, dans son tout premier commentaire sur la Torah (Béréchit 1,1), rapporte au nom de Rabbi Its’hak une interrogation majeure : pourquoi la Torah commence-t-elle par le récit de la création du monde, et non par le premier commandement adressé à Israël, à savoir la mitsva de sanctifier le mois (Exode 12,2) ? Puisque la Torah est un livre de loi destiné à guider le peuple juif dans sa mission, pourquoi commencer par un récit apparemment universel ? La réponse donnée par Rachi est que si jamais les nations venaient à accuser Israël d’être des voleurs, d’avoir conquis une terre qui ne leur appartenait pas, Israël pourrait répondre que toute la terre appartient à Hachem, qu’Il l’a créée et qu’Il l’a donnée à qui Il voulait. Il l’a donnée à Canaan, puis l’a reprise pour la donner à Israël. Il ne s’agit donc pas d’une justification historique ou politique, mais d’une affirmation théologique puissante : la légitimité d’Israël sur sa terre ne repose pas sur des critères géopolitiques ou militaires, mais sur la souveraineté divine. D. est le Maître du monde, et Il distribue les terres selon Sa volonté. La Torah commence donc par la création pour affirmer cette souveraineté absolue et préparer le fondement moral et spirituel de l’héritage d’Eretz Israël. Cela signifie que la Torah n’est pas seulement un code de lois, mais une structure de sens qui relie la création, l’histoire, la morale et la destinée collective. Et cette destinée n’est pas tournée vers elle-même, mais vers une finalité universelle, puisque la mission d’Israël, dès son origine avec Avraham, est de devenir une bénédiction pour toutes les familles de la terre (vénihrekhou vekha kol michpe’hot haadama), autrement dit de porter un message de tikoun haolam, de réparation du monde, pour l’ensemble de l’humanité.

  2. D’après ce même verset, la Torah anticipe l’accusation des nations. Il ne s’agit pas d’un commentaire post-factum, mais d’un avertissement : tout au long de l’histoire, Israël sera accusé d’occuper une terre indûment. Le récit biblique affirme au contraire que cette terre est au cœur du projet divin confié à Israël. Le terme “accusation” n’est donc pas nouveau, il est prophétisé dès le premier verset de la Torah. Quant à la situation contemporaine, il est évident qu’elle ne peut être résolue uniquement par des arguments historiques ou politiques. L’affirmation d’une souveraineté israélienne sur la terre n’a de sens que si elle est reliée à la mission spirituelle d’Israël. Si l’on parle de “colons” ou de conflits de légitimité, le texte biblique nous rappelle que l’enjeu fondamental dépasse la géographie : il s’agit de savoir qui reconnaît l’origine divine de la terre et accepte d’en vivre selon les lois du Créateur. La conquête, le retour, la souveraineté ne sont pas des finalités politiques mais des étapes vers une mission plus haute : révéler le Nom de D. dans le monde par une vie conforme à la Torah, dans le but ultime d’un monde réparé et unifié autour du Bien.

Bivrakha.