Conversation 90952 - ETUDE PARACHAT BERECHIT 3
Bonjour,
Je vous remercie infiniment de la précision et la qualité de vos réponses à mes questions Rav Zerbib !!...Je souhaite aujourd’hui aborder la partie Pshat/Rachi de la 2nde Alya de Berechit évoquant la création d’Adam ancêtre de tous les humains :
1-Je me suis toujours posé la question de savoir comment l’homme est passé de l’état originel de poussière à celui d’amas cellulaire constituant de nos jours le foetus :serait-ce en fait une description métaphorique de la Thora ? Comment un être de poussière a-t-il pu procréer avec un autre être issus de l’un de ses cartilages, Hava ?!...Que penser de la thèse d’une certaine anthropologue nommée Yvette Deloison qui a admit qu’il existait bien des hommes et non des singes(selon le ridicule postulat darwiniste) qui ont vécu aux côtés des dynosaures au terme de ses recherches sur la morphologie du pied humain ?
2-Le Royaume céleste de Hashem était-il connecté avec notre planète du temps d’Adam et Hava ? Le Jardin d’Eden faisait-il partie du Olam Haba ou de notre planète ? D’aucun disent qu’Adam et Hava auraient mangé de la figue ou des céréales plutôt que la pomme selon la mythologie chrétienne :ces fruits étaient-ils comme ceux lambda d’aujourd’hui ou du fait qu’ils étaient placés dans un environnement spirituel très élevé ils avaient des propriétés hors du commun de ce que nous connaissons ?
3-Rachi a noté l’expression "pour le cultiver et le garder" (v. 2:15) et expliqué que la phrase montre que l'Homme a été placé dans le Jardin non seulement pour jouir de ses fruits, mais pour le travailler (la'avdah) et le protéger (le'shomrah). Le travail n’a-t-il pas été une malediction issue de la faute originelle ?!...Comment se fait-il que cette notion soit ici antérieure à la faute ? Pourquoi dit-on qu’ il s'agit du premier devoir de l'homme envers l'environnement, impliquant à la fois l'effort physique et le maintien de l'ordre moral ?
4-Une fois que le fruit interdit a été consommé par le 1er couple humain, contrairement à l’avertissement divin ils n’ont pas été immédiatement tués :Hashem a-t-il fait preuve de Hessed en « lissant » la conséquence de sa sentance sur les générations humaines à venir ? Quel cataclysme aussi gravissime la faute originelle a-t-elle provoquée dans le Royaume Céleste pour que Hashem, un esprit qui me semble tourné vers la Création, soit amené à prendre un décret aux conséquences manifestement destructrices(la mortalité) ?!...Il est dit qu’en fait la faute originelle était déjà prévue dans son Plan :quelle utilité avait-elle en réalité ?
Je vous remercie pour vos succulentes réponses par avance !!...
Cordial chalom
Chalom,
Je vous remercie pour vos compliments. Ils me touchent, et je tiens à souligner que je retire moi aussi un grand bénéfice de ces échanges. Vos questions poussent à approfondir, à structurer et à formuler des enseignements fondamentaux du texte. Elles profitent à tous les lecteurs et contribuent à faire vivre un véritable espace d’étude.
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Vous posez une excellente question sur le passage de l’Adam créé de poussière à l’être de chair et de cellules que nous connaissons. D’un point de vue scientifique, il ne m’appartient pas de trancher ces questions de biologie ou d’évolution. Chaque génération avance selon les outils et les connaissances dont elle dispose, et le judaïsme n’a jamais craint de se confronter au savoir du monde lorsqu’il est honnêtement construit. Mais il faut bien comprendre que le récit de la Torah ne parle pas du monde matériel tel que nous l’observons, mais d’un monde supérieur, spirituel, qui précède et fonde notre réalité. Le Maharal de Prague enseigne que la création décrite dans la Torah ne s’est pas opérée dans notre réalité physique, mais dans un plan plus élevé, celui du nefesh. Ce n’est donc pas une métaphore mais une réalité spirituelle. Adam façonné de la poussière symbolise son enracinement dans le plus bas, et le souffle divin insufflé en lui exprime sa vocation transcendante. Ce n’est que plus tard, avec sa chute dans le monde matériel, que cette structure s’est concrétisée dans la chair. Quant à la théorie que vous citez, attribuée à Yvette Deloison, selon laquelle des hommes auraient coexisté avec les dinosaures, cela appartient au domaine des hypothèses scientifiques, que chacun est libre d’examiner selon sa rigueur et ses critères. Ce type de recherche n’a pas pour vocation de confirmer ou d’infirmer le texte biblique, car la Torah ne s’adresse pas à la même réalité. Elle ne traite pas de biologie ou de géologie mais du fondement existentiel et spirituel de l’homme. Ce que la science pense découvrir sur les origines de l’humanité ne contredit pas nécessairement la Torah, à condition de ne pas confondre les plans. Ce sont deux langages différents, qui ne s’opposent que lorsqu’on veut les faire parler du même sujet. Pour plus de details sur ce sujet precis, je vous invite a consulter une réponse que j'ai écrite il y a quelques années: 71034 - Age de l'Univers.
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Vous avez raison de souligner que la localisation et la nature du Gan Eden interrogent profondément. Rachi explique (Bereshit 2:8) que le Gan se situe "dans l’Eden", ce qui signifie que le jardin n’est pas tout l’Eden mais une partie. Le mot Gan (jardin) renvoie à un espace clôturé, limité, protégé. Tandis que l’Eden, selon nos Sages, fait référence à un niveau de réalité supérieure - ce que nous appelons Olam Haba. Le jardin est donc une sorte de seuil, une interface entre le monde divin pur et notre monde. Il appartient à une réalité spirituelle, bien qu’ayant un rapport avec le monde terrestre. Cela explique pourquoi le lien entre le monde d’en bas et le monde d’en haut était direct et palpable à l’époque d’Adam. Ce lien a été rompu par la faute originelle, comme le souligne le texte. À ce moment, l’homme a été expulsé de cette sphère intermédiaire, et c’est tout le mode de relation entre les mondes qui a été bouleversé.
En ce sens, les fruits du Gan Eden n’étaient pas comparables aux fruits physiques que nous connaissons. Cela signifie qu’ils étaient nourris directement par une lumière divine, et que leur consommation correspondait à un acte d’élévation de l’âme, une forme de connaissance spirituelle. Cela rejoint l’analyse du Rav Leon Yehuda Ashkenazi - Manitou selon laquelle l’"acte de manger" dans le Gan Eden n’était pas une fonction biologique mais une interaction avec les niveaux de sens de la Création. L’arbre de la connaissance, Etz HaDaat, était porteur d’un certain type de conscience - celle qui sépare et objective. Ce n’est donc pas un hasard si les fruits y sont décrits comme "tov lemaakhal", agréables à la consommation, car ils sont associés à un processus de saisie du réel, à l’expérience d’une vérité intérieure. Ainsi, selon ce cadre, on comprend bien que la question "quel fruit était-ce ?" n’a rien d’agricole. Ce qui compte, c’est la qualité spirituelle de l’expérience, et non son aspect matériel. La figue, la datte ou le blé n’en sont que des symboles. -
La question du travail dans le jardin avant la faute est également essentielle. Le verset « le’avdah oule’shomrah » est interprété par le Zohar comme une allusion aux mitsvot : le’avdah, ce sont les commandements positifs, le’shomrah, les interdits. Cela signifie que l’homme avait dès le départ une fonction à remplir, non pas dans la pénibilité, mais dans l’élévation. Le Rav Dessler commente que l’homme a été placé dans le monde pour servir, pour construire une relation active avec Dieu. Le Maharal ajoute que cette mission fait partie de la structure même de l’homme. La faute a transformé cette mission en labeur pénible, mais le service lui-même précède la faute. Le travail de l’homme sur le monde, moral et spirituel, est donc une composante naturelle de sa raison d’être.
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Enfin, sur le fait que la mort n’a pas frappé immédiatement Adam et Hava après leur transgression, le Midrash enseigne que le jour mentionné dans le verset « le jour où tu en mangeras, tu mourras » est un jour divin, équivalant à mille ans humains, selon le verset « mille ans sont à Tes yeux comme le jour d’hier » (Tehilim 90). Adam a vécu 930 ans, ce qui reste dans ce cadre. Mais en réalité, le texte parle moins de la mort physique immédiate que d’une rupture de niveau : la lumière divine s’est voilée, le bien et le mal se sont mêlés, et l’homme est tombé dans un monde de confusion. Le Maharal explique que cette chute, aussi dramatique soit-elle, était inscrite dans le plan divin. Sans faute, pas de libre arbitre. Sans réparation, pas de mérite. Le monde a été voulu avec cette tension, afin que l’homme y trouve sa grandeur. C’est la condition même du projet messianique. L’homme est tombé, mais pour mieux se relever.
Bivrakha.