Conversation91361 -Question sur le visionnage d'une série
Chalom Kevod HaRav,
Je souhaiterais vous consulter sur la permission de regarder une œuvre japonaise intitulée Black Clover. L'auteur utilise des références extrêmement précises de notre tradition, ce qui m'interroge :
-
Parallèles avec le Talmud (Gittin 56a) : Le récit met en scène le massacre d'un peuple (les Elfes) par des "flèches de lumière" lancées par un empereur nommé Nero. Cela semble être une référence de la légende de l'empereur Néron à Jérusalem rapportée dans le Talmud.
-
Démons et forces impures (Qliphoth) : L'intrigue repose sur l'ouverture d'un portail appelé "Arbre de Qliphoth" pour libérer des démons dans leur monde. On y retrouve des noms comme Ba'al Zevouv et le héros passe un "pacte" avec un démon pour combattre.
-
Symboles sacrés détournés : L'œuvre mentionne explicitement une stèle représentant les 10 Sephirot. Un personnage possède même un nom hébreu (Adlai). On y voit aussi l'usage du fil rouge comme talisman contre le mauvais sort.
Ma question : Est-il permis de se divertir avec une œuvre qui utilise des "demons" et des concepts comme les Sephirot pour un système de magie imaginaire ? Est-ce considéré comme une forme d'Avoda Zara ou de profanation, même si il y a une séparation totale entre la fiction et la réalité ?
Je m'excuse de vous importuner avec des questions de ce genre, qui peuvent paraître triviales, mais je tiens à être certain de ma conduite pour ne pas refaire d'erreurs spirituelles et rester en accord avec la Torah.
Merci d'avance pour votre réponse. Kol Touv.
Chalom,
Il faut d’abord distinguer plusieurs éléments. Le fait qu’une œuvre utilise des noms ou des concepts issus de la tradition juive, comme des noms hébraïques, les Sephirot ou certaines références talmudiques, ne lui confère pas en soi un statut d’Avoda Zara. Il s’agit ici d’un usage culturel ou esthétique, souvent imprécis et détourné, dans un cadre fictif.
La véritable question est plutôt celle de l’exposition à des contenus mettant en scène des démons, des forces impures ou des pratiques imaginaires de type magie et autres comme vous l’évoquez dans votre question. Sur le plan de la halakha, tant qu’il est clair pour la personne qu’il s’agit d’une fiction sans réalité, et qu’il n’y a ni adhésion ni croyance dans ces éléments, on ne parle pas d’Avoda Zara à proprement parler. Il n’y a pas ici de culte, ni reconnaissance d’une puissance étrangère.
En revanche, plusieurs décisionnaires mettent en garde contre le fait de s’exposer de manière régulière à des contenus qui banalisent ou esthétisent des notions que la Torah considère comme négatives, comme les démons, les forces impures ou des systèmes de magie. Cela peut influencer la sensibilité, l’imaginaire et la perception des choses spirituelles, même inconsciemment.
Par ailleurs, l’utilisation de concepts comme les Sephirot dans un cadre fictif et déformé n’est pas en soi une profanation au sens strict, mais il est évident que cela n’a aucun rapport avec leur sens véritable, et qu’il convient de garder une certaine distance intellectuelle avec ce type de représentations.
En pratique, la réponse dépend beaucoup de la personne. Si cela reste pour vous un divertissement ponctuel, sans influence, sans fascination pour ces éléments, et sans confusion entre fiction et réalité, il y a de quoi être indulgent. En revanche, si vous sentez que cela vous attire, vous trouble, ou vous amène à vous interroger de manière problématique sur ces notions, il est préférable de s’en éloigner.
De manière générale, la Torah n’interdit pas tout divertissement, mais elle demande de préserver la pureté de l’esprit et de ne pas nourrir son imaginaire avec des éléments qui vont à l’encontre de la vision qu’elle transmet.
Bivrakha.