Conversation 90932 - La machiah
Bonjour chers rabanim
J'avais quelques question sur le machiah
1. La notion de Machiaḥ apparaît dans les prophètes, mais à quel moment est-elle réellement née ? Après le Maamad Har Sinaï ou déjà à la suite de la faute d’Adam ? Est-il possible qu’il ait pu venir à l’époque du Temple, et que, dans ce cas, la notion d’un troisième Temple éternel ne soit apparue qu’après la destruction du Second Temple ?
2. Nos ancêtres savaient-ils que la destruction des deux Temples était inévitable, ou bien n’était-ce qu’une possibilité liée à leur comportement — autrement dit, que les Temples auraient pu perdurer s’ils n’avaient pas fauté ?
3. Comment expliquer que des milliers de Juifs aient suivi de faux Machiaḥ, alors que le Rambam donne des critères clairs pour le reconnaître, que pourtant aucun de ces prétendus messies ne remplissait ?
Chalom,
Merci pour ces trois excellentes questions. Elles touchent à des points fondamentaux dans la vision juive de l’Histoire et de la Délivrance.
Commençons par la première. L’idée de Machiaḥ, au sens d’un roi oint descendant de David qui rétablira la souveraineté d’Israël et amènera la paix universelle, apparaît clairement dans les prophètes, en particulier chez Yechaya, Yirmiya, Ye’hezkel et même dans certains Tehilim. Mais on trouve déjà une forme primitive de cette idée bien plus tôt. Selon certains midrashim, dès la faute d’Adam, une promesse implicite de réparation est évoquée, notamment dans le verset "et lui t’écrasera la tête", que certains commentateurs lisent comme une allusion à la fin des temps. D’autres relient la naissance de la notion messianique à l’alliance avec Avraham, puis à l’idée d’un roi idéal annoncée par Yaakov à propos de Yehouda : "le sceptre ne s’éloignera pas de Yehouda..." (Beréchit 49,10). Quant au lien avec le don de la Torah au Sinaï, c’est plutôt la dimension de réparation collective et d’objectif historique qui s’y rattache.
Concernant le Temple, les textes de Ye’hezkel (chapitres 40 à 48) décrivent une vision du Troisième Temple. Certains y voient un idéal intemporel ; d’autres pensent qu’il aurait pu être réalisé dès le retour de l’exil de Babylonie, si les conditions spirituelles avaient été réunies. Donc oui, il aurait pu y avoir un Machiaḥ dès l’époque du Second Temple, et certains avis estiment qu’Esdras ou Néhémie auraient pu l’incarner si la génération avait été à la hauteur. Ce n’est que plus tard, après la destruction, que l’idée d’un Troisième Temple éternel est devenue centrale, car les deux premiers avaient été détruits.
Pour la deuxième question, nos Sages enseignent que la destruction des Temples était conditionnelle. Ce n’était pas une fatalité. Tant que le peuple observait la Torah et restait fidèle à Dieu, la promesse divine garantissait la pérennité du Temple. Mais lorsque les fautes s’accumulaient , idolâtrie, immoralité, violence, haine gratuite, la Présence divine se retirait progressivement (voir le midrash sur les dix retraits de la Chékhina avant la destruction du Premier Temple), jusqu’à ce que la protection cesse. Donc non, ce n’était pas "inévitable", c’était une conséquence logique de choix collectifs répétés.
Enfin, concernant les faux Machiaḥ : c’est un phénomène complexe. Certes, le Rambam (Hilkhot Melakhim 11-12) donne des critères précis : être un roi descendant de David, érudit en Torah et observant toutes les mitsvot, qui rassemble les exilés et reconstruit le Temple. Mais beaucoup de gens, à travers l’histoire, ont suivi des individus qui ne remplissaient pas ces critères, parfois par ignorance, parfois par désespoir, parfois par excès d’enthousiasme ou de naïveté. Après des pogroms, des expulsions, des souffrances collectives, le peuple juif a souvent espéré une Délivrance immédiate. C’est dans ces contextes de grande détresse qu’ont émergé des figures comme Shabetaï Tsvi, que même de grands rabbins ont crus un temps, avant de reconnaître l’erreur. D’autres messies autoproclamés ont manipulé les foules ou provoqué une ferveur populaire sans base halakhique. Ce n’est pas parce que les critères du Rambam n’étaient pas clairs, mais parce que l’attente, la souffrance et l’aspiration profonde au salut ont parfois submergé le discernement rationnel.
Ce phénomène est un rappel de l’importance d’étudier et d’enseigner les critères véritables, et de garder foi en la venue du véritable Machiaḥ, même s’il tarde à venir.
Bivrakha.