Conversation 90935 - Miracle rambaN rambaM

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Mercredi 19 novembre 2025 - 08:20

Chalom

Le Rav Kohn zal (urlr.me/HF8tcs) avait expliqué que d'après le Rambam la Révélation au Sinaï est la seule preuve absolue de la véracité de la Torah. Les miracles, même ceux réalisés par Moché en Égypte, n’ont qu’un rôle temporaire et préparatoire. Après le Don de la Torah, un miracle ne peut qu’appuyer un prophète déjà conforme à la Loi, mais ne constitue jamais une preuve en soi, et aucun prodige ne peut surpasser l’autorité du Sinaï.

Cependant, le Ramban ( chemot 13 ;16) dit que les miracles d’Égypte ont une importance centrale : ils ont été faits pour briser toutes les hérésies et ancrer la foi que D. crée, supervise et rétribue. Et puisque ces miracles ( dévoilé) ne se renouvellent plus tout le temps, D. a ordonné des signes permanents (téfilines, mezouza, etc.) pour maintenir vivante la conscience de ces miracles dans chaque génération — autrement dit grâce au tefiline je me souviens des miracles de la sortie d'Égypte et donc de D., en renforçant ma emouna.
Or d'après le rambam le but de mitsva des tefilin est simplement de nous faire penser à D., de l'aimer et le craindre ( moré nevoukhim helekh ג chap 44), *il ne parle donc pas de se souvenir des miracles de D.*  

Ma question est donc : comment concilier ces deux approches ? S’agit-il d’une véritable mahloket sur le rôle des miracles, ou parlent-ils de deux plans différents ?

Merci beaucoup 

Nathaniel Zerbib
Dimanche 30 novembre 2025 - 07:39

Chalom,

Votre question est profonde et rigoureuse, et elle met en lumière une divergence fondamentale entre le Rambam et le Ramban sur la place du miracle dans la foi et la pratique juive.

Le Rambam, dans le Moré Nevoukhim (III, 32 et 44), insiste sur le fait que la émouna ne repose pas fondamentalement sur les miracles, mais sur la Révélation au Sinaï. Les miracles accomplis par Moché Rabbénou en Égypte n’avaient, selon lui, qu’un rôle pédagogique temporaire destiné à susciter la confiance du peuple au moment où il était encore incapable de percevoir la vérité par la voie de la connaissance pure. La foi authentique commence véritablement à partir du Maamad Har Sinaï, moment où le peuple tout entier devient témoin direct de la parole divine. Dès lors, tout prophète ultérieur ne peut être accepté qu’à condition de ne rien contredire à cette révélation. Aucun prodige ne saurait rivaliser avec l’expérience collective du Sinaï.

En revanche, le Ramban (Chémot 13, 16) voit dans les miracles d’Égypte le fondement même de la foi en D., Créateur, Providence active et Juge. Ces miracles sont pour lui une démonstration directe et accessible de la présence divine dans l’histoire. Ils sont si essentiels qu’il affirme qu’une personne n’a pas de part dans la Torah de Moché s’il ne croit pas à la réalité des miracles révélés. De là découle selon lui l’importance des mitsvot dites zikaron, comme les téfilines, la mézouza ou Pessa’h, qui ont pour but explicite de perpétuer le souvenir de ces événements surnaturels et d’enraciner la foi en D. dans la conscience individuelle et collective.

En apparence, nous avons ici une vraie mahloket sur la fonction des miracles : pour le Rambam, ils sont secondaires, transitoires et intellectuellement faibles ; pour le Ramban, ils sont centraux, fondateurs et permanents. Mais il est possible de concilier leurs approches si l’on distingue deux plans différents.

Le Rambam parle sur le plan épistémologique et philosophique : il cherche une foi fondée sur la connaissance, pas sur l’émotion ou l’émerveillement. Un miracle, même spectaculaire, peut être remis en question, interprété ou manipulé. Ce qui fonde la vérité de la Torah, c’est la Révélation, reçue par tout un peuple, dans un moment unique d’évidence partagée. Par conséquent, même les téfilines, selon le Rambam, visent avant tout à entretenir l’amour et la crainte de D., c’est-à-dire un lien intérieur et constant, pas à rappeler des événements surnaturels.

Le Ramban parle sur le plan expérientiel et pédagogique : il veut ancrer la foi dans la mémoire collective du peuple juif. Les miracles sont la manifestation visible de D. dans l’histoire, accessibles à tous, même à ceux qui ne sont pas philosophes. Le souvenir des miracles devient un canal de transmission de la foi dans toutes les générations, et c’est précisément le rôle des mitsvot zikaron.

Il ne s’agit donc pas d’une opposition absolue, mais d’une différence de perspective. Le Rambam privilégie la foi rationnelle, qui se nourrit de l’étude, de la réflexion et de l’expérience du Sinaï. Le Ramban insiste sur la foi historique et existentielle, qui se nourrit du souvenir, de la transmission et du vécu.

Dans la pratique, ces deux approches coexistent dans notre service divin : nous posons les téfilines pour nous attacher à D. et éveiller en nous crainte et amour, comme l’écrit le Rambam, et nous nous souvenons en même temps des miracles d’Égypte, comme le rappelle le Ramban. L’un enrichit l’autre. L’intériorité sans mémoire est abstraite, la mémoire sans intériorité est mécanique. L’âme juive se nourrit des deux.

Bivrakha.