Ils ont raccourci la prière

mick636
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mar 12/07/2016 - 23:00

80855
Je parlais du michna broura sur Sh. Ar. OH 268,2. Il explique que nous aurions dû réciter les 18 bénédictions de la semaine le chabbat aussi. Et c'est pour cela que qqn qui s'est trompé a le droit et doit finir la bénédiction où il est car elle n'a pas le statut de lévatala(vaine) et donc elle ne constitue pas un efsek(coupure) dans la amida de chabbat.
On peut d'ailleurs s'en étonner. Comme vous le rapporter, "on n'a pas le droit de faire des demandes, des requêtes". On aurait pensé que en cas d'erreur, il aurait fallu s'interrompre en pleine bénédiction voire recommencer la Amida.

On peut louer Dieu tout chabbat et même en dehors des prières. En Israël, on prie tôt il n'y a pas de problème. Mais en France, quand on ajoute à la téfila du matin le discours du rabbin et les ventes des mitzvot ca peut faire finir tard et nous faire entrer dans d'autres problèmes( jeûne le chabbat, heure du kidouch du midi, bavardage pendant la prière, ...).

Rav Sam Elikan
mer 20/07/2016 - 16:06

Shalom,

Ce que j'ai tenté d'expliquer dans la réponse précédente est que la raison invoquée par le Bavli ("fatiguer" l'assemblée) et le Yeroushalmi (interdit de requêtes à shabat) ne sont pas forcément antithétiques (comme le notent Aboudraham (Seder Tefilat Minh'a de Shabat, s.v. mi shéta'a); Sidour Rashi, 515; Mah'zor Vitry §140 et d'autres encore).

L'idée est que la raison de "l'embêtement de l'assemblée" vient s'ajouter à l'interdit de demander ses besoins à D'ieu durant shabat. Ainsi, le fait de rappeler un malade, ou demander de la parnassa pourrait nous attrister, ce qui est interdit à shabat.

Et là vous demandez, à juste titre, pourquoi :
1. si on commence les bénédictions des jours de h'ol pendant l'amida on ne la recommence pas et c'est "valable", on doit finir la bénédiction, puis passer à celles de shabat.
2. pourquoi on ajoute des pesoukei dezimra.

Ces questions précisément ont déjà été posées par le Rav H'azan d'Izmir dans son célèbre resp. H'ikrei Lev t.I O.H. §54. Il y distingue la Amida où il faut se tenir devant D'ieu avec crainte, car on se tient devant Le Roi - qui demande un gros effort, des psoukei dezimra que l'on récite "vite fait" et qui ne constituent donc pas un "torah'". Et selon lui, la raison pour laquelle on ne refait pas la Amida c'est parce que la forme de la bénédiction "tofes berah'ot" est fixe et du coup cela ne s'appelle pas "demander ses besoins" ou peut être parce que le Bavli et le Yeroushalmi sont en discussion et on suivrait le Bavli...

Quoi qu'il en soit, je ne crois pas que ce soit le sens simple des choses.
Ce que j'essayais de dire dans la précédente réponse - et j'avoue en la relisant que ce n'est pas très clair - c'est que le fait de demander ses besoins à shabat est interdit, parce que cela peut nous amener à de la tristesse.
C'est à dire que le fait même de dire les 18 bénédictions n'est pas - a priori - problématique - il n'y a pas en cela une "demande", une "requête", car ce sont des bénédictions fixes (tofes berah'a).
Toutefois, si quelqu'un priait pour un malade particulier ou pour une parnassa particulière, c'est-à-dire pour un besoin particulier et donnait un sens différent, personnel, à ces "bénédictions fixes, ce serait interdit parce que cela constituerait de demander ses besoins à shabat.
Ainsi, pour éviter cela, et surtout pour éviter qu'à cause d'un besoin demandé la personne priant s'attriste à shabat, nos Sages ont annulé les 18 bénédictions qui sont remplacées par 7 bénédictions.
Et c'est cela que le Bavli appelle "à cause de la tirh'a".
Aussi, étant donné que toute la raison de l'annulation des 18 bénédictions n'est due qu'à l'appréhension que peut-être il y aura un malade pour qui prier ou un problème de parnassa et l'on ne pourra alors pas demander, parce que c'est shabat, cela causerait encore plus de tristesse. Toutefois, quiconque aurait commencé les 18 bénédictions sans s'en rendre compte - il n'y a en cela pas de problème - puisqu'apparemment soit il ne fait pas attention à ce qu'il dit, donc ladite appréhension n'a pas lieu d'être, soit il a oublié que c'est shabat et donc ladite appréhension n'a pas lieu d'être non plus ! C'est donc qu'a priori, il n'y a pas d'interdit de dire les 18 bénédictions et s'il a commencé une bénédiction par erreur, par habitude, il la finira, parce que c'est une bénédiction fixe que l'on peut dire à shabat dans ce cas et seulement après il passera à la tefila de shabat. Après avoir pensé à cela, j'ai vu que c'était déjà écrit dans le Shalmei H'aguiga, §2, al. 17 (p. 13 dans l'éd. Ahavat Shalom, Jérusalem, 1988).

Je récapitule.

A priori - on peut dire les 18 bénédictions à shabat, parce que ce sont des "bénédictions fixes".

Le problème c'est que cela peut nous amener à nous attrister (soit par le fait que l'on doive faire une requête et se rappelle alors du cas "problématique", soit par le fait que l'on ne puisse justement pas faire cette requête, parce que c'est shabat).
Et donc, pour éviter que "ce soit trop long"/que l'on en arrive à s'attrister (en comprenant que Bavli et Yeroushalmi se complètent) - nos Sages ont diminué la prière à 7 bénédictions.
Mais si on commence les 18 bénédictions, c'est premièrement "permis" a posteriori, puisque, deuxièmement, c'est la preuve que le "problème" d'être attristé/requête n'est pas présent, donc pas d'appréhension ; il n'empêche que malgré tout, pour que ce ne soit pas trop long, nos Sages enjoignent à revenir à la prière de Shabat, dès qu'on s'en rend compte.
Il est à noter que cette explication peut déjà se comprendre des propos du Orh'ot H'ayim (Rabbi Aharon de Narbonne en Provence, plus connu comme Rabbi Aharon de Lunel, décédé en 1330 à Majorque - t.I, hil. tefila, §106).

Le BaH' en a d'ailleurs déduit (OH 268) que ce que dit la guemara, qu'il faut finir la bénédiction, puis passer à la prière de shabat n'est vrai que pour la première bénédiction "ata h'onen", pour le reste, dès qu'on se rend compte, on doit passer à la prière de shabat, voire recommencer, comme vous le souligniez.
C'est également ce que dit Rabbi Avraham Alkelai (Zeh'or Le'Avraham III, lettre Shin, s.v. Shabat, 32b).
Selon cette explication la notion de "tirh'a" n'est valable que pour la première bénédiction !

Toutefois, selon ce que nous avons expliqué, on peut également comprendre l'avis du Shoulh'an Arouh' qui ne suit pas cet avis.

En espérant avoir été plus clair, cette fois.

Cordialement,