Petite remarque : vous êtes trop sionistes...

Kikouze
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jeu 28/07/2016 - 23:00

Bonjour à tout les rabanim.

Tout d'abord Kol hacavod pour vos interventions, très intéressantes et très instructives.
Je vous écris pour vous faire une remarque tout à fait personnelle sur votre site. Libre à vous de la publier ou pas.

Je m'explique. Je découvre le site, et je suis tomber inévitablement sur les questions liées au sionisme et au débat avec les haredim.
Je suis parfois déçu, et dans certain cas effaré, du manque de recul des différents intervenants face à ce débat. Je respecte les positions de tout le monde, j'habite moi même en Israel, j'adore ce pays et ses habitants, son armée et ses yechivot, harediot ou sionistes religieuse. J'ai des amis de tout bord, je ne suis pas d'accord avec eux sur beaucoup de points mais je les respecte et je m'enrichi de mes débats avec eux. (Emmanuel tu me reconnais ? :-) )
J'ai bien compris que les tendances des rabanim de se site sont plutôt orientés vers le sionisme religieux. Kol hakavod à vous. Mais je suis tout de même déçu de la façon dont vous traitez les avis différents des vôtres. Je pense pour vous donner un exemple à la question 44566, ou un jeune homme dénonce avec une violence pas possible le comportement de ses camarades haredim dont le seul crime est de ne pas penser comme lui. L'intervenant, je ne me rappelle plus qui c'est, essaye de répondre à cette personne, mais sans relever le ton ni la violence du demandeur. Cela m'a énormément peiné, comme si finalement vous partagiez ce genre de réaction envers les 'meraglim des temps modernes' (encore une expression pathétique que j'ai vu sur une des questions ou réponses...).
De la même façon, dans beaucoup de réponses vous catégorisez les h'aredim de façon tellement erronés qu'on en vient à se demander si vous en connaissez vraiment beaucoup.
L'opinion des haredim est un peu plus évoluée que : 'à mort tsahal', 'à mort les hilonim', ou 'à mort Israel'.
De la même façon, le fait de se protéger contre la société laïque ne veut ni dire qu'ils les méprisent, ni que les hilonim sont un 'peuple d'ânes (!) ' (encore une pépite que j'ai découvert dans une des réponses).
Je crois qu'une des valeurs chères au monde sioniste religieux est l'amour envers le prochain.
Et malheureusement je ne vois pas dans se genre de description d'amour du prochain, plutôt du mépris si ce n'est de la haine.

Encore une fois je ne suis pas là pour dire qui a raison ou qui a tord, de mon côté je pense que les deux courants sont utiles et ont à apprendre l'un de l'autre.

La seule chose que j'aurais aimer de la part des intervenants du site, c'est de respecter et laisser une place aux autres opinions. Ça ne veut pas dire renier les siennes, bien au contraire: dans notre tradition orale, il est écrit que la loi a été fixée comme beit Hillel plutôt que beit chamaïe, car avant de donner son avis, il donnait avec respect l'opinion de beit chamaïe. (Et ne me dites pas que ça n'a pas de rapport, car les haredim sont dans le faux le plus totale etc... Je vous invite à vous renseigner sur les dizaines d'avis halalhiques qui vont dans un sens ou dans l'autre.)

Donner de la place aux autres courants sera tout à votre honneur et rendra encore plus respectables vos propres opinions.

Je tiens à bien préciser que je ne vise personne en particulier, et que beaucoup de questions sont traités de façon très fines et respectables .

Voilà, j'espère que j'ai été assez clair dans le fait que je ne critique en rien vos opinions, au contraire je les respecte énormément, mais que j'aurais aimé un peu plus de place pour les autres courants.

Les gens qui consultent ce site sont parfois assez éloignés de la religion ou éloignés des finesse de ce débat.
Je comprends tout à fait que vous préfériez les diriger vers un courant qui vous est cher, mais laisser leur aussi le choix.

Vous avez la responsabilité et le zehout d'être des personnes influentes dans la communauté, et vous avez aussi un devoir d'éducation.
Des personnes comme le demandeur de la question 44566 mérite, avant de lui répondre, qu'on lui fasse remarquer le ton violent et méprisant avec lequel il qualifie ses camarades haredim. Et qu'il y gagnerait en crédibilité si il avait un peu plus de douceur et de respect dans ses paroles.

Voilà, mehila si j'ai vexé quelqu'un, vous faites un travail formidable .
Kol touv

Michael

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Rav Sam Elikan
dim 11/09/2016 - 11:33

Shalom,

Tout d'abord, merci de vos commentaires, ils sont toujours les bienvenus lorsqu'ils sont constructifs.

Permettez-moi de vous répondre de manière générale, puis plus pratiquement, point par point.

De manière générale -

1- Premièrement, il est important de souligner que vous avez raison. Votre appel à la tolérance et à l'écoute d'autrui est capital et cela ne saura jamais assez être répété. Savoir écouter autrui, pouvoir discuter, débattre, entendre ses opinions pour pouvoir se forger les nôtres est crucial et cela se doit d'être fait dans les meilleures conditions possibles, dans le respect, comme l'enseignent nos Sages.

2- Deuxièmement, je crois que toute "l'approche", telle qu'on pourrait la percevoir dans vos propos, est erronée.
Je vais m'expliquer, mais permettez-moi, avant, "d'utiliser" votre question pour revenir sur quelques points fondamentaux qu'il est bon de répéter de temps en temps.
Il nous faut nous mettre d'accord sur les bases : nous n'avons qu'une seule Torah (enfin deux, une Orale et une Ecrite, mais qui ensemble ne font qu'un) et nous ne sommes qu'un seul Peuple, unique et (qui devrait être) uni.
Le Talmud va même jusqu'à dire que notre uni(ci)té est la plus grande louange que D'ieu peut "recevoir".
Métaphoriquement, nos Sages nous enseignent que c'est même cela qui est écrit dans les tefiline de D'ieu (TB Berah'ot 6a) :

"Rabbi Avine fils de Rav Adda dit au nom de Rabbi Yitzh'ak - d'où sait-on que D'ieu met des Tefiline ?
Ainsi qu'il est dit (Isaïe 62,8) - "L'Eternel l'a juré par Sa droite et Son bras puissant ("Jamais plus je ne livrerai ton blé en pâture à tes ennemis; jamais plus les fils de l'étranger ne boiront ton vin, fruit de ton labeur)".
Sa droite - c'est la Torah, ainsi qu'il est dit (Devarim 33,2) "dans sa droite une loi de feu, pour eux" ;
Son bras puissant - ce sont les Tefiline, ainsi qu'il est dit (Tehilim 29,11) "Que l’Eternel donne la puissance à son peuple !" et (d'où sait-on que cette puissance est donnée à Israël? ainsi) il est écrit (Devarim 28,10) : "Et tous les peuples de la terre verront que le nom de l'Éternel est "sur toi", et ils te redouteront". Et on enseigne (à ce propos), Rabbi Eliezer le Grand (ben Hourkenos) dit "ce sont les Tefiline de la tête".

Rav Nah'man fils d'Itzh'ak demanda à Rav H'yia fils d'Avine - ces Tefiline du Maître du Monde, qu'y est-il écrit ?
Il lui répondit : "Et qui comme le Peuple d'Israël est un Peuple (uni/-que) sur la Terre" (Shemouel II 7,23)
- Et est-ce que D'ieu est loué par cette louange d'Israël ?
- Oui... D'ieu dit (au peuple d'Israël) "vous M'avez fait Unique (d'une seule Unité) dans le monde, Moi aussi, je ferais de vous une seule Unité".
"Vous M'avez fait Unique", ainsi qu'il est dit - "Ecoute Israël l'Eternel notre D'ieu, l'Eternel est Un".
"Je vous ferai d'une seule Unité", ainsi qu'il est dit - "Qui est comme ton peuple, Israël, Peuple unique sur la Terre"".

Le Rashba (Rabbi Shlomo ben Rabbi Avraham Aderet 1235-1310 - Peiroushei HaHagadot, ad loc) explique :
"il y a dans cette métaphore un secret extraordinaire...D'ieu s'embellit d'Israël comme un bijou... le monde est béni par eux (=le peuple d'Israël), car le bien répandu dans le monde et son existence même dépendent d'eux... le monde ne peut pas (survivre) sans Israël, ainsi qu'il est dit (Bereshit 12,3) "et par toi seront heureuses toutes les races de la terre"".

C'est à dire, selon lui, que l'existence du monde dépendrait de l'unité du Peuple Juif, c'est dire !

Ainsi, un juif est un juif est un juif.
Le Talmud (TB Sanhédrin 44a) va même jusqu'à énoncer un principe (que l'on peut retrouver déjà dans le livre de Yehoshoua 7,11-12 en filigrane) : "Israël, même s'il faute, reste Israël" que l'on peut comprendre comme "un juif, même s'il faute, reste un juif" (cf. resp. Rashi §171 ; resp. Yabia Omer VII, OH §15), car l'appartenance au Peuple Juif, voilà ce qui fonde notre identité juive ou pas seulement tel acte (qui serait un commandement) ou tel acte (qui serait un interdit). Le Rav Avraham Itzh'ak HaKohen Kook (Lettres, §555) en conclue que quiconque ne respectant pas les commandements et agissant contre le Peuple d'Israël peut donc en être exclu (perdrait sa "segoula") !

Ceci étant, après qu'on ait accepté qu'il n'y a qu'un seul Peuple Juif, on peut commencer à parler des différents "courants" qui le constituent.

Dès sa genèse, le Peuple Juif a été formé de 12 tribus, qui sont, selon les kabbalistes, douze voies différentes d'accès au Divin (cf. Zohar Vayetze, p. 161; Torah Or, début de par. Vaèra; Kedoushat Lévy au début de par. Nah'amou; Sfat Emet Vayigash, 5643, id. 5647, id. 5656; etc.).

Le Ari nous a même dévoilé, tel que le décrit le Rav H'ayim Vital (E'ts H'ayim, Sha'ar HaKavanot, fin de Tefilat HaShah'ar, 74b, rapporté dans le Maguen Avraham OH 68) qu'il y a similairement douze "portiques" dans le Ciel par lequel monteraient les prières ; chaque juif ayant le portique correspondant à sa tribu. Le Rav Horowitz dans son "Shl"a" (Shnei Louh'ot HaBerit, Torah Or, par. Vayeh'i) nous explique que cela correspond aux différents usages et rites de prières : ashkénaze, séfarade, italien, catalan, etc. etc. En effet, chaque tribu a son rite, ses usages.
(Cf. encore à ce propos ce que dit Rabbi Nah'man de Breslav, Likoutei Moharan, Kama, §112 – il affirme que si l'on n'est pas authentique, nous-mêmes, disant des mots vrais dans notre prière, nous n'atteignons pas le portique de notre tribu, empêchant en cela la prière de "monter au Ciel").

Nous comprenons donc qu'il y a différentes voies dans la Avodat Hashem, chacune correspondant à "la source de l'âme" de celui s'approchant du Divin. Chacun doit trouver sa voie, sa "tribu".

Pour un essai typologique des différentes tribus comme différents moyens de vivre notre rapport à D'ieu, comme différentes "idéologies", différentes "mouvances", tel que cela se retrouve dans le texte biblique et les midrashim de nos Sages – correspondant à des courants de pensée juifs développés au fil des générations, je recommande chaudement l'ouvrage (en hébreu) du Rav Oz Bluman – "Shevatim – Shé'arim laAvodat Elokim".
On y apprendra notamment que la question du rapport à la modernité ou encore du rapport à l'émanation de D'ieu dans le monde, dans la nature, dans l'histoire, etc. ne sont pas des questions nouvelles et qu'à peu près toutes les tendances actuelles (ou passées) figurent déjà en filigrane chez nos Sages.
Le Rav Avraham Itzh'ak HaKohen Kook, premier grand-rabbin ashkénaze d'Israël, écrivait aussi de manière similaire que les différentes "connaissances du Divin" sont liées à l'essence même de l'âme de chacun, alors que les opinions sont "extérieures", tout en reconnaissant le mouvement dynamique de l'identité (Shemona Kevatzim I, §23).

On raconte que l'Admour de Belz, Rabbi Aharon, était particulièrement méticuleux sur l'application des commandements et particulièrement sur l'allumage des bougies de H'anouka. Il préparait la bougie durant des heures et se préparait avec toutes les "kavanot" (intentions) nécessaires. L'allumage durait plusieurs heures. Une fois, il envoya ses h'assidim chez Rav H'ayim Shmulewitz, Rosh Yeshiva de Mir. "Allez voir", leur dit-il, "comment il allume les bougies". Lorsque les H'assidim arrivèrent là-bas, ils virent que R' H'ayim était assis et étudiait en binôme (h'avrouta) jusqu'au dernier moment avant l'allumage. Ensuite, il se leva, fit vite la bénédiction et retourna rapidement étudier. Les h'assidim déçus retournèrent auprès de leur maître et lui dirent qu'il n'y avait rien à voir là-bas… L'Admour rétorqua alors : "c'est exactement pour cela que je vous ai envoyé, pour que vous voyiez qu'il existe différentes voies pour servir D'ieu !".

Rabbi Nathan de Nemirov dit au nom de son maître Rabbi Nah'man de Breslev (Etzat Shalom, Otzar HaYira, t. IV, Likoutei Etzot HaMeshoulash) :
"car chaque membre du Peuple d'Israël a sa vérité selon la racine de son âme et selon ses actes et de là proviennent les différences entre une personne et son prochain et même entre les justes et les gens droits, certains prient vite, d'autres lentement, etc. Ainsi en est-il pour de nombreuses divergences et d'infinies différences concernant la prière et la relation au Divin… malgré le fait que les deux aient réellement de bonnes intentions, comme le disent nos Sages (TB Berah'ot 5) "l'un ajoute, l'autre diminue, l'essentiel étant que son cœur soit voué au Ciel", car bien que les deux tendent vers la Vérité, malgré cela la vérité de chacun est différente de celle de son prochain. Ainsi c'est pour cela qu'il est interdit de voir le mal chez son prochain, bien que selon sa propre vérité il lui semble que son prochain ne se comporte pas réellement comme il faut ou ne prie pas vraiment, car qui connaît la vérité de son prochain… ?

Mais avec cela, nos Sages nous enseignent aussi (Sifrei, Vezot HaBerah'a 346) :
"Bien que tu dises ainsi, tu dis aussi "ensemble les tribus d'Israël", lorsqu'ils sont faits d'un seul ensemble ("agouda") et non pas lorsqu'ils sont faits d'assemblées séparées l'une de l'autre ("agoudot agoudot")".

C'est-à-dire qu'il n'y a qu'une seule Torah, qu'un seul Peuple, mais plusieurs idéologies, plusieurs "tribus" ; l'essentiel étant l'unité et l'harmonie qu'il doit régner entre les différentes "mouvances".

Le Rav H'ayim Vital, un des plus grands kabbalistes et disciple du Ari zal écrit cela explicitement (Sha'arei Kedousha II, chap. 4) :

"Nos Sages ont dit que le second Temple, malgré la présence de grands Sages et Justes, n'a été détruit qu'à cause de la haine gratuite. La fin des temps fut éloignée et perdue de notre connaissance à cause de cette même haine gratuite.
De plus, les autres pêchés sont commis au moment de leur action, alors que la haine gratuite est dans le cœur, toujours, et à chaque instant on commet un pêché, celui de ne pas prendre en haine son frère (lo tisna èt ah'ih'a), et on annule un commandement positif - celui d'aimer son prochain (veahavta lere'ah'a kamoh'a).

De manière similaire, écrit le Rav Yehonathan Eybeschütz (Ye'arot Devash II, §12) :

"Et le plus important est d'aimer son prochain en tout, et à cause de nos fautes, par la haine surviennent des fautes (supplémentaires)… en effet, les gens se réjouissent en voyant leur prochain transgresser un interdit et fauter, car eux-mêmes, pour leur part, ne fautent pas. Et il y a en cela une grande "bêtise"… car tout le Peuple d'Israël ne constitue qu'une seule entité, qu'un seul corps. Comment est-il alors possible qu'un membre se réjouisse au dépend de son prochain "je suis Juste et toi impie" ? Ainsi, quel est l'intérêt que je ne me rase pas la barbe avec une lame (ta'ar) et mon ami quant à lui le fait – puisque cela voudrait dire que je suis à moitié rasé avec une lame, à moitié pas rasé et ainsi en est-il pour tout (le reste)".

Il existe certes différentes mouvances dans le Peuple Juif, différentes communautés, différentes idéologies, mais on reste un même corps !

Notons encore que le Rav Ben Tzion Meïr H'ai Ouziel (Hegyonei Ouziel, II, 3ème port., chap. Ahavat Re'im) élargit cette idée aux nations du Monde :
"La situation humaine est dans son intégralité similaire à un corps. Tout défaut, tout handicap dans un des maillons, même le plus petit, engendre la paralysie et la décomposition du corps entier".

Quoi qu'il en soit, comme le note le Rav Teichtal dans son "Em HaBanim Semeh'a" (récemment traduit en français - dans la quatrième partie du livre et je vous invite à y consulter les nombreuses sources qu'il rapporte, ainsi que ce que dit le Rav Pinh'as Horowitz dans son Hafla'a sur Ketouvot 112b) l'unité du Peuple Juif, avec toutes ses mouvances, surtout en Israël est cruciale à l'avenir et à la Rédemption !

3- Ceci étant dit, je ne supporte pas ces "clivages" : h'aredi (lituanien/h'assidique), h'aredi-sioniste, sioniste-religieux, moderne orthodoxe, orthodoxie ouverte/renouvelée, renouveau du judaïsme, etc. etc. et je ne sais pas combien de clivages et sous-groupes ont été encore inventés pour tenter de "se définir" et de définir des idéologies. A mon sens, tout cela n'a aucune signification. Soit on est juif, soit on ne l'est pas. Ce qui nous définit comme tel c'est notre appartenance au Peuple Juif, tel que le Peuple lui-même le définit, via la tradition juive (c'est-à-dire la halah'a). Après, au sein du Peuple, il peut y avoir comme dit, différentes "mouvances", idéologies, rapports au Divin, mais cela ne change rien et c'est assez dynamique, nos visions peuvent évoluer avec le temps et les circonstances ; le plus important dans la définition de notre identité juive, à mon sens, c'est notre appartenance au Peuple Juif. Si on met ces divergences idéologiques au centre de notre quête identitaire, on en vient à créer une société "mauvaise", tel que ce fut le cas avant la destruction du deuxième Temple. Cela ne sert tout simplement à rien.
Appartenir au Peuple Juif veut dire plus ou moins respecter les normes de ce Peuple, se sentir affilié à une Nation (qui est une "famille"), à une histoire (ou plutôt devrions nous dire "des histoires") et aussi à une Terre (peu importe de savoir maintenant quelle place on lui donne et si ce n'est qu'une "Terre spirituelle" qui, à mon sens, reste un concept quelque peu "bizarre" même si j'admets volontiers qu'on puisse penser de la sorte ou s'il s'agit d'un territoire concret – chose qui me semble bien plus logique) et perpétuer une tradition.

De manière plus particulière -

"Je découvre le site, et je suis tomber inévitablement sur les questions liées au sionisme et au débat avec les haredim."

Je suis enchanté que vous découvriez le site, bien que je voie que vous y avez posé des questions préalablement dans le courant de l'année 2007 notamment... ;-)

je suis tout de même déçu de la façon dont vous traitez les avis différents des vôtres. Je pense pour vous donner un exemple à la question 44566, ou un jeune homme dénonce avec une violence pas possible le comportement de ses camarades haredim dont le seul crime est de ne pas penser comme lui.

J'ai lu et relu la 44566 et j'avoue franchement ne pas vous comprendre. Le questionneur décrit effectivement une violence - celle qu'il subit !
J'ai trouvé pour ma part la réponse du Dr. Mikhaël Ben-Admon tout à fait appropriée et adaptée.
Il n'y a là rien de déplacé...

Cela m'a énormément peiné, comme si finalement vous partagiez ce genre de réaction envers les 'meraglim des temps modernes' (encore une expression pathétique que j'ai vu sur une des questions ou réponses...)

1. Je ne crois pas que quiconque parmi les répondeurs "partage ce genre de réaction" de violence telle que vous la décrivez envers un autre juif... J'avoue vraiment être étonné par vos propos.

2. Question ou réponse ce n'est pas la même chose... On n'a aucune responsabilité sur les propos des questionneurs, ni ne les censurons, justement dans un souci de "laisser de la place à toutes les opinions". On peut ne pas être d'accord et on l'exprime dans nos réponses.
Nous avons des responsabilités par contre sur nos réponses. Et seulement sur celles-ci.
D'ailleurs chaque répondeur est responsable de ses réponses uniquement, comme dit.
Ce que je vous écris n'engage que moi et personne d'autre. Et je suis à peu près certain qu'on n'a pas tous la même vision du sionisme ou partageant un même rapport face à celui-ci. La seule chose qui nous lie – et nous l'affirmons haut et fort – est que nous croyons que le retour des Juifs en Terre d'Israël est un événement (d'ampleur) biblique dans les temps modernes (même sur cette formulation pas tout le monde n'est d'accord…) et que cela n'est pas vide de signification, avec les retombées halah'iques qui s'ensuivent.

Quoi qu'il en soit et malgré tout cela, concernant les "meraglim des temps modernes" – ce sont des termes que l'on peut retrouver chez le Rav Issakhar Teichtal, grand érudit et rabbin dans la région hongroise dans son "Em HaBanim Semeh'a" (III, §67 etc.), par exemple, concernant les "Justes" qui ont un rapport de dédain et de haine face au sionisme et à l'Etat d'Israël… Non pas que je cautionne cela, mais étant sorti de la bouche d'un grand Sage, cela vous semblera peut-être moins "pathétique" et permettra de juger plus favorablement des gens s'exprimant de la sorte ?

De la même façon, dans beaucoup de réponses vous catégorisez les h'aredim de façon tellement erronés qu'on en vient à se demander si vous en connaissez vraiment beaucoup.
L'opinion des haredim est un peu plus évoluée que : 'à mort tsahal', 'à mort les hilonim', ou 'à mort Israel'.
De la même façon, le fait de se protéger contre la société laïque ne veut ni dire qu'ils les méprisent, ni que les hilonim sont un 'peuple d'ânes (!)' (encore une pépite que j'ai découvert dans une des réponses).

Pour connaître un bon nombre de juifs qui se disent h'aredim, je suis d'accord avec vous. Et je n'avoue ne pas avoir vu sur le site un des répondeurs penser ou s'exprimer de la sorte…

Concernant la dernière "pépite", il s'agit d'une citation du livre du Rav S.D. Botshko "Y a-t-il une obligation de vivre en Israël", chap. 14, citée dans la réponse 59624 et suivantes - le texte caricature une idéologie pour en montrer ses failles, je crois aussi que le texte est un peu dur et éventuellement exagéré mais ce n'est que pour appuyer l'absurde qui existe dans certaines idéologies... Rien de bien méchant et on peut parfaitement ne pas adhérer à ces propos qui n'engagent que leur auteur. Ce n'est peut-être pas une formulation très subtile, mais elle ne touche pas tant des personnes qu'elle ne touche une idéologie et en cela, je ne vois pas de quoi en faire un drame.

Je crois qu'une des valeurs chères au monde sioniste religieux est l'amour envers le prochain.
Et malheureusement je ne vois pas dans se genre de description d'amour du prochain, plutôt du mépris si ce n'est de la haine.

C'est faux. L'amour envers son prochain n'est pas une valeur chère au monde sioniste religieux, mais chère au monde juif, de manière générale. Du moins devrait-elle l'être… On aurait pu l'espérer.
Pour ma part, je n'ai vu ni mépris, ni haine, mais tout simplement l'expression d'un désaccord idéologique, mais je conçois bien qu'il existe des sensibilités différentes.

Encore une fois je ne suis pas là pour dire qui a raison ou qui a tord, de mon côté je pense que les deux courants sont utiles et ont à apprendre l'un de l'autre.

Très bien, tout à fait d'accord.

La seule chose que j'aurais aimer de la part des intervenants du site, c'est de respecter et laisser une place aux autres opinions. Ça ne veut pas dire renier les siennes, bien au contraire : dans notre tradition orale, il est écrit que la loi a été fixée comme beit Hillel plutôt que beit chamaïe, car avant de donner son avis, il donnait avec respect l'opinion de beit chamaïe. (Et ne me dites pas que ça n'a pas de rapport, car les haredim sont dans le faux le plus totale etc... Je vous invite à vous renseigner sur les dizaines d'avis halalhiques qui vont dans un sens ou dans l'autre).

Concernant Hillel et Shamaï –
Le Netziv (HaEmek She'ala, intro. Petah' HaEmek, III, al. 2) écrit que le loi suit Beit Hillel car ils étaient d'une part plus nombreux mais d'autre part pas moins "aiguisés" que Beit Shamaï car ils étudiaient leur propos jusqu'au bout afin de pouvoir les repousser et c'est cela que la guemara décrit comme le fait de "donner avant leur opinion, l'opinion de Beit Shamaï" ; ainsi, si on étudie à fond jusqu'à pouvoir entièrement repousser l'avis d'autrui, on a préséance, dit-il.
Malgré cela, Rabbi Israël Salanter (Or Israël §28) écrit que quiconque pense que Shamaï était un homme "dur" et qu'il ne respectait pas les opinions d'autrui à cause de mauvaises "midot" se trompe complètement. Il existe des "rigueurs" qui proviennent de réflexions profondes, dit-il.
Par ailleurs, le Rav Moshé Feinstein (resp. OH IV, §25) écrit que même si on n'étudie que les propos de Beit Shamaï, il faudra réciter la bénédiction sur l'étude de la Torah, car cela reste de la Torah à part entière ; le fait qu'un avis n'a pas été retenu ne veut pas dire qu'il est "faux". Le Malbim par exemple dit au nom d'un élève du Ari que dans le futur la halah'a suivra Beit Shamaï… Je vous invite encore à regarder ce que dit le Ritva au nom des Rabbins français dans son commentaire sur TB Eirouvin 13b et ce qu'ajoutent le resp. H'avot Yaïr (§192) et le resp. Zivh'ei Tzedek (YD §26) à ce propos ; cf. encore Iggrot HaKodesh §13 du Ba'al HaTanya.
Le Maharal écrit par ailleurs (Be'er HaGoleh, §1) que l'avantage de Beit Hillel provenait moins du respect qu'ils donnaient à l'opinion de Beit Shamaï, mais plus du fait que leur argumentation était simple, "droite", ce qui peut se voir par leur caractère "agréable et laissant préséance à autrui".

Ceci étant, concernant votre propos même – je n'avoue ne pas comprendre : tout homme est doté d'une opinion. De la même manière que vous n'allez pas dire aux courants s'opposant au sein de la yeshiva de Ponibezh – les "son'im" et les "meh'ablim" qu'ils doivent laisser de la place à l'avis avec lequel ils sont en profond désaccord (au sein de la même yeshiva !), il n'y a pas ici de nécessité de citer toutes les opinions, surtout celles avec lesquelles on n'est pas d'accord, surtout si on annonce haut et fort, à la base, que notre site s'affiche ouvertement de la sorte… (bien que j'avoue essayer dans chacune de mes réponses de présenter un tableau le plus complet possible à ce niveau-là...).

Donner de la place aux autres courants sera tout à votre honneur et rendra encore plus respectables vos propres opinions.

Certes, vous avez certainement raison. Sauf que parfois, on n'a pas le temps ni les moyens techniques dans le cadre du site d'être en discussion avec tous les avis… On fait de notre mieux avec ce qu'on a… Mais on essaie.

Les gens qui consultent ce site sont parfois assez éloignés de la religion ou éloignés des finesse de ce débat.
Je comprends tout à fait que vous préfériez les diriger vers un courant qui vous est cher, mais laisser leur aussi le choix.
Vous avez la responsabilité et le zehout d'être des personnes influentes dans la communauté, et vous avez aussi un devoir d'éducation.
Des personnes comme le demandeur de la question 44566 mérite, avant de lui répondre, qu'on lui fasse remarquer le ton violent et méprisant avec lequel il qualifie ses camarades haredim. Et qu'il y gagnerait en crédibilité si il avait un peu plus de douceur et de respect dans ses paroles.

Les gens ont le choix de m'écouter ou pas. Si quelqu'un me pose la question, mon devoir est de lui dire ce que je pense, c'est ainsi que la halah'a fonctionne : un sage doit dire son opinion (en halah'a). Ne pas la dire reviendrait à commettre une a'vera (une faute).
Le Rema, élargit ce concept, suivant en cela les adages du Rambam et du Ralbag, et écrit (Torat Ha'Ola I, §22) : "la réparation de l'âme (doit venir) du don des bonnes opinions (auxquelles on croit)". C'est-à-dire que si on me demande, je dois également dire ce que je pense, au niveau de mes opinions.
Le Rav A.I. HaKohen Kook écrit cela explicitement (Iggrot I, §402) : "il est clair que les lois de la Torah comprennent également les lois spirituelles des opinions et des croyances".
Le Rav Weinberg (intro. au resp. Sridei Esh, t. I, p. 26 de l'éd. De 2009) s'exprime aussi de manière similaire, pour lui aussi les Rabbins doivent exprimer leurs opinions sur le monde qui les entoure :

"Il appartient aux rabbins, répandant la Parole Divine, d'expliquer au Peuple Juif et au monde, la vision du judaïsme sur toutes les questions morales, juridiques, sur la réparation sociale, etc. à propos desquels la nouvelle génération est confrontée. Ils doivent montrer que le judaïsme n'est pas un assemblage de lois et usages religieux uniquement, mais bien une force spirituelle extrêmement influente dans la vie de l'humanité. Et il est clair qu'ils ne doivent laisser aucun problème et aucune remontrance possible… sans réponse claire et convaincante… il doit savoir ce qui se passer autour de lui dans le monde…"

En espérant vous avoir répondu selon vos attentes.

Cordialement,