Unité unique

ron-paris
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dim 11/09/2016 - 23:00

Bonjour,

il y a une question qui me vient à l'esprit.
J'aimerais savoir ce que signifie D.ieu est UN.

Quelle est la différence entre son unité et son unicité ?

Merci d'avance de votre réponse.

Rav Sam Elikan
lun 19/09/2016 - 12:39

Shalom,

Vous touchez ici à une question très importante qui est au fondement même de notre foi.

Nous décrivons D'ieu dans la Torah comme "Un", comme "Unique" (Devarim 6,4), que cela veut-il dire ?

Comment peut-on "définir" D'ieu ?

En réalité, définir l'Indéfinissable par excellence peut relever d'idolâtrie, alors comment pouvons-nous dire que D'ieu est Un et qu'entendons-nous par là.

Commençons pas une petite introduction : parler de D'ieu est assurément très difficile, en effet, pour Le connaître, il faudrait être D'ieu, ce qui n'est pas possible ; la seule chose que l'on peut dire est qu'Il est absolument différent de tout ce qui existe, c'est pourquoi Il est totalement incompréhensible (1).

Toutefois, malgré cela, nous croyons que D'ieu est le Créateur de l'univers (2) et en cela Il est "distinct" du monde (ce qui explique l'on n'est pas panthéistes) ; s'ensuit que l'existence de D'ieu ne peut pas être dépendante de Ses créations (c'est pourquoi le judaïsme rejette toute "définition" de D'ieu comme force éthique abstraite ou convention sociale (tels Amour, Vérité, Justice, Bon, ou tout autre concept humain, il reste que cela peut être des "attributs" de D'ieu - 3).

En tant que tel, en tant que Créateur (et ce, malgré le fait qu'on ne peut Le connaître), on peut essayer de formuler notre rapport à Lui et Son rapport à l'univers (que l'on appelle des "attributs d'action"). Par ailleurs, on peut également dire ce qu'Il n'est pas - on parlera alors "d'attributs négatifs" (4).

En ce sens là, on peut parler de l'Unité parfaite et absolue de D'ieu (5) - qui ne serait pas différente de Son Unicité.
Cela veut dire qu'il n'existe d'autre Créateur et Maître du Monde que D'ieu (6) et "on doit fixer cela dans son cœur et esprit comme élément de vérité" (7).
Pour les kabalistes, cela veut également dire que toutes les émanations Divines (sefirot/visages) proviennent de l'Essence Unique de D'ieu (8).

Nos Sages dans le Midrash (9) nous enseignent :
""Notre D'ieu" - pour nous, "D'ieu est Un" - pour le reste du monde ;
"Notre D'ieu" - dans ce monde-ci , "D'ieu est Un" - dans le monde futur."

C'est à dire que pour nos Sages l'Unité de D'ieu se comprend de manière double -
D'une part comme le rapport que peut avoir "le reste du monde" avec D'ieu, car "pour nous" il n'y a guère besoin de définition philosophique, en effet, il s'agirait alors plus d'un "rapport", d'une "relation" entre D'ieu et Son Peuple qu'Il a sorti d'Egypte.
Et d'autre part, comme émanation du monde futur, c'est-à-dire que dans un monde divers et pluriel comme le nôtre - l'Unité totale si elle était perçue reviendrait à "annihiler" les différences qui font le monde et nous constituent.
On peut également lire ici non pas deux enseignements, mais un seul, continu - selon lequel dans le futur, le peuples du monde auront la même conception du Divin - Un et Unique.

Pratiquement, selon de nombreux décisionnaires, cela veut dire qu'il est interdit de penser qu'il y aurait /prier à deux divinités ou à un dieu autre que l'Eternel notre D'ieu.
Et ce commandement d'affirmer l'Unicité de D'ieu s'accomplirait par la récitation du premier verset du Shema (10).

Cordialement,

Notes:
(1) Sefer Ha'Ikkarim (Livre des Principes) II,30. cf. encore Shomer Emounim (Hakadmon) II,11 sixième principe ; Zohar I, 103a ; Sefer H'aredim chap. 5, p. 37 ; Emounot veD'eot II, au début.
(2) cf. Bereshit 1,1 ; Ishayahou 44,24 ; Yirmiahou 10,12 ; Zeh'aria 12,1 ; Tehilim 33,6 et 89,12 ; Neh'emia 9,6 ; cf. encore Emounot veD'eot du Rav Sa'adia Gaon 1,1 ; Rambam, hil. Yessodei HaTorah 1,1-5. Cf. encore Meh'ilta sur Shemot 6,2 et Sifra sur Vayikra 18,2 où l'on voit que D'ieu Se révèle comme Créateur.
(3) cf. Ramak, Pardes Rimonim 3,1 ; Tikounei Zohar H'adash 115c ; Zohar t.I, 22a ; cf. aussi Rabbi Avraham Yonah Yevnin de Grodna, Nimoukei Maharai sur Rambam, hil. Yessodei HaTorah 1,4 ; cf. encore Radak sur Yirmiahou 10,10 ; TY Berah'ot chap. 1, hal. 5 (9b dans l'éd. Vilna) ; Vayikra Rabba 26,1 (éd. Varsovie).
(4) cf. Guide des Egarés I,58 ; Kouzari II, §2 ; Sefer Ha'Ikarim II,22 ; etc.
(5) 2ème de 13 principes de foi de Maïmonide - cf. Rambam, intro. au Perek H'elek, éd. Shilat ; L. Jacobs, Jewish Theology, chap. 2 qui dit bien que ce principe est fondamental et n'a jamais été ouvertement remis en cause.
(6) cf. Emounot veDe'ot II,2 ; SMaK §1-§2; Rambam, hil. Yessodei HaTorah 1,7 et 2,10 ; id. hil. Teshouva 5,5 ; Shemona Prakim, chap. 8 ; Guide des Egarés I,68 ; Livre des commandements, comm. pos. 2 ; Sefer HaH'inouh' §417 ; Ramh'al, Da'at Tevounot §36 ; Dereh' Hashem IV, chap. 1, al. 1 vers la fin ; Rabbeinou Bah'yei ibn Asher, Kad HaKemah' s.v. yih'oud H' ; etc. cf. encore Pirkei DeRabbi Eliezer chap. 4, 31 et 47; Shemot Rabba 29,3 ainsi que Shir HaShirim Rabba 7,11 et Eih'a Rabba 3,7. On notera toutefois que Rassag et Rambam n'ont pas exactement la même définition du "yih'oud Hashem", mais nous n'entrerons pas dans ce cadre dans les détails.
(7) Sefer H'aredim, chap. 9, al. 1 ; Psikta Zoutreta-Lekah' Tov, par. Nitzavim s.v. le'ahava ; H'ovat HaLevavot de Rabbeinou Bah'yei ibn Pakouda, 1er portique.
(8) cf. resp. Rivash §157 ; Pardes Rimonim IV, 4. Le Zohar (II, 64b) va même jusqu'à dire qu'Israël a perdu la guerre contre Amalek à cause de la mauvaise compréhension de ce point !
(9) Sifrei Devarim §31.
(10) cf. Beit Yossef OH 61.