Il n'avait pas vraiment le choix

petiterose937592
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ven 24/06/2016 - 23:00

Bonjour, j'avais une petite question.

Je me suis renseignée sur les convertis et effectivement on dit que ces derniers ont une âme juive. Mais très souvent, ces derniers même après leur conversion, s'ils s'éloignent ne serait-ce qu'un peu de la Torah, on les montre du doigt. Pourquoi sont-ils jugés plus sévèrement que les Juifs de naissance ? J'ai entendu certains rabbins dire "parce qu'on les a pas forcés à se convertir, ils auraient pu se contenter des 7 lois de Noahides". Mais quelqu'un qui a une âme juive, a-t-il vraiment fait le choix de sa conversion ? N'était-ce pas plutôt un besoin ?

Cordialement et chavoua tov

Rav Sam Elikan
lun 27/06/2016 - 10:49

Shalom,

Je comprends tout à fait ce que vous ressentez.

Toutefois, il faut préciser ici deux choses :

1. Le judaïsme n'est pas déterministe, le libre-arbitre (ou la libre volonté plus précisément selon le Rav H'esdai Crescas et la H'assidout d'Izhbitze) étant un des piliers de la foi.

2. Le concept d'âme n'engendre pas qu'il y ait des "besoins", qui ôteraient toute responsabilité face aux choix qu'une personne a fait !

Je vais essayer de démontrer cela par un exemple : il existe une discussion si à Yom-Tov nous avons un "surplus d'âme" (neshama yeteira) ou pas.

Selon le Rashbam (sur Pessah'im 102b), Yom-tov n'est pas différent de shabat et nous avons une "neshama yeteira".

Toutefois les Tossafot (ad loc s.v. Yakna et sur Beitza 33b s.v. vekhi havinan) affirment que la raison pour laquelle nous sentons les encens (bessamim) durant la havdala à la sortie du shabat est pour "faire du bien" à l'âme et... l'usage est que l'on ne sent pas d'encens à la sortie de yom-tov, c'est donc qu'on n'a pas de "neshama yeteira" à yom-tov !

Il faut voir ce qu'il se passe ici, les Tossafot définissent le fait qu'il existe ou pas une âme par l'usage !

C'est donc que l'âme n'a aucune influence - parce que si on avait une "âme dédoublée" à Yom-tov, les Tossafot auraient dû dire qu'il faut changer l'usage, hors c'est le contraire qui se passe ; l'usage de ne pas sentir de "bessamim" à la fin de Yom-tov va engendrer le fait qu'il y ait ou pas un dédoublement d'âme.

Les Tossafot auraient également pu affirmer que ce n'est pas l'unique raison de l'encens à la sortie du shabat et ainsi garder l'avis du Rashbam qu'il y a une âme dédoublée à Yom-tov tout comme à Shabat, mais ils ne suivent pas cette voie.

Cet exemple nous montre bien que le concept d'âme ne crée pas de réalité "hilh'atique", mais en est le produit, la conséquence.

Cordialement,