Conversation 90950 - Dénoncer un voleur..
Chalom, j'ai consulté un médecin qui m'a demandé de lui payer un supplément en espèces sur une facture, ce que j'ai donc fait.
J'ai reçu plus tard un courrier d'un organisme de contrôle qui m'a demandé si ce dernier m'avait effectivement facturé des frais en espèces, en précisant qu'il n'en avait pas le droit.
Je suis prêt à pardonner la somme que ce médecin m'a pris, en revanche je ne sais pas si je dois le dénoncer :
Si je le dénonce il risque jusqu'à la fermeture de son cabinet et de se retrouver sans rien
Si je ne le dénonce pas il continuera de voler les gens et l'état
Quel est votre avis sur cette question ?
Merci
Chalom ouvrakha,
L’interdiction de dénoncer un Juif à une autorité extérieure, appelée messira, est évoquée dans le Choul'han Aroukh, ‘Hoshen Michpat 388:9, qui qualifie cette action de grave transgression. Cette règle s’explique dans un contexte où les gouvernements en question étaient hostiles et où une dénonciation pouvait causer un tort matériel ou personnel sévère, souvent sans possibilité de réparation.
Cependant, les décisionnaires ont introduit des nuances importantes. Le Hafets ‘Haïm, dans Hilkhot Léchon Hara (Klal 10), permet de signaler un comportement nuisible lorsqu’il s’agit d’empêcher un dommage futur, à condition de respecter plusieurs critères stricts. Il faut être certain des faits, avoir l’intention sincère d’agir pour le bien, limiter l’intervention à ce qui est nécessaire et avoir épuisé les autres moyens de résolution. Ce n’est donc permis que si la démarche vise à protéger et non à nuire.
Le ‘Hazon Ich, dans Yoreh De'a 2:16, apporte une autre perspective. Il explique que dans les sociétés modernes, où les institutions judiciaires agissent avec relative équité, l’interdit de messira ne s’applique plus de la même manière. Lorsque les sanctions sont mesurées, et que l’intention est d’éviter un mal futur pour d’autres, avertir une autorité peut être envisagé dans certaines conditions. Il insiste néanmoins sur l’importance de la prudence et de la mesure dans de telles situations.
Ainsi, si vous êtes certain que le médecin concerné agit de manière systématique et préjudiciable, et si votre intention est uniquement d’empêcher qu’un autre en soit victime, certains avis autorisent une réponse honnête à l’organisme de contrôle. Cela doit se faire avec retenue, sans exagération, et dans un esprit de justice et non de vengeance.
Bivrakha.